Le sourire

 

Le voilà, à nouveau placardé sur la figure. Il s'affiche quand je fais mine de m'en ficher pas mal. Semblant de même pas mal. Mauvais augure.
Je le sens, englué, presque cloué de force de part et d'autre de mes joues pour les écarteler à sang/à vif/à vivre, ce sourire.
Le sourire du dessus, presque ingénu, le sourire de celle qui ne peut pas flancher, qui ne s'autorisera la faiblesse que lorsqu'elle sera seule, esseulée. Le sourire de celle qui se décompose de l'intérieur, qui semble faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Tiens chéri, prends ce rictus pour acquis et restons bons amis. Considère cette contorsion labiale comme mon ultime congratulation à cet énième refus. Mon acquiescement tacite, mon « oui-oui-bien-entendu » à ton rejet létal...

Si tu savais, ça me tue.

Je vais devoir lavage de cerveau forcené.

Ravage.
Sauvage.
Je vais devoir me faire vomir œillades sucrées, tendresse concentrée.

Super...
Si tu savais comme j'aimerais être sincère, comme j'aimerais vomir ce bloc de détritus qui m'obstrue la gorge, qui paralyse la pomme d'Adam à présent obtue. Aie, aie.
J'en crève d'abcès

Comme j'aimerais ne pas être profondément déçue.

Baveuse d'hypocrisie, j'aurais bien besoin d'un bavoir pour cracher sans bavure.
Alors je me racle la gorge, oui, je touche le fond du fond des parois de l'œsophage. Là où raclure d'ordure ménagère.

Ça pique, ça coince, si tu savais. Ça me déchire, me désempare, me déboîte noire la voix. Ça me déraille les cordes vocales et je parle faux. L'entends-tu, dis ?!Rémifasolasido

Faux faux faux. ARCHI FAUX !

T'aperçois- tu du masque fantasque des verbes que j'emploie... du flasque boueux de mes répliques ? M'entends-tu quand je me noie ?

Et tu panses quoi toi ?

Ecoute-moi d'un peu plus près : passée à la loupe/au crible/au cran d'arrêt, criblée de plomb verbal : je ne suis qu'une piètre actrice sur le carreau le cœur au carré. Prisonnière de ton veto sentimental, ce ne sont pas de balles à blanc dont tu me parles et je reprends brusquement conscience des boulets à mes pieds ankylosés, de ma poitrine atomisée.
Tout bien réfléchis, comment avais-je pu l'oublier ?
J'auditionnais le premier rôle, j'ambitionnais une histoire drôle comme toujours/pour pas changer.
Et pour finir je ne peux que donner le change, impossible d'improviser avec ce scénario à deux balles !

Nulle/zéro-bulle.

De papier glacé je me tapisse la face.
Pour sauver les apparences, il ne me reste qu'à scruter l'horizon et sourire aux anges d'un air intéressé et surtout, pour l'amour du ciel, éviter de parler !
Eluder en silence, vider l'évier de l'intérieur à l'intérieur, de grâce, pitié seigneur... et évider mon désarroi à main nue bien à l'abri du château fort.
Et là....

J'veux du sang du sang du sens.
Sur les murs mûrs. Exploser, ex/terminer
Éclater le crâne de l'illusion contre la pierre, mon cœur de cailloux. ...

J'veux de la chair à vif, rougeoyante, suintante, que ça pue la viande, que ça dégouline de pus, que les boyaux soient à l'air que l'humide frétille et que le chaud pulse encore.
Et qu'il coule... coule... coule...
Rouge à l'agonie, mauve bouffi/noir turgescent et brun liquide.

A l'intérieur de la citadelle règne la prunelle fauve.

En attendant la bête bouillonne et la minable fillette reprend du service.
On lui tire sur les couettes, on lui crache à la figure, on la secoue dans tous les sens. On la jette à terre on la piétine et on lui pisse dessus.
Ah tu espérais, hein ?!
Gamine abjecte, juste bonne à rester seule, à être abandonnée. Bouffe ! Vas-y bouffe la boue, boue boue et tu peux bien bouder, il n'y a personne ici pour t'entendre !

Beaucoup trop/Tous au-dessus d'elle à présent, les vautours de mon arrogance déchiquètent les espérances célébrant ainsi la cruauté naturelle de l'enfance. Et voilà ma petite, ma pupuce, mon poussin adoré livrée à cette armada de têtes brûlées au visage d'ange.
J'enrage, bordel !

À l'abri des regards indiscrets, chéri, si tu voyais l'abattoir !

Mais tout est presque propret pour tes yeux non avisés et sur mon minois aseptisé règne le souverain mensonge d'un soir.
Foutage de gueule, ouais ! J'ai juste l'air un peu plus figée que d'habitude, pas de quoi fouetter un chat ni me prendre dans tes bras.
Pas de quoi s'inquiéter, non, la routine quoi. Surtout si je dis que je comprends, que j'compatis, que ça ne doit pas être facile, que je fais mine d'être docile et qu'en plus, je le pense vraiment.
Oui, que tout passe avant...

Et je reste bras ballant devant le poster, l'agrandissement géant de la petite pétasse, là, devant mes yeux qui s'embuent.
Cette pétasse dont son cœur est épri, celle qui n'a rien fait pour ça, juste là avant moi et qui lui a tout appris.
Celle qu'il désigne en majuscule, tout en euphémisme, la première à élever l'amour au paroxysme.
Vile passion qui le détient captif/captivé par une photo, fragment du passé/dépassé/un peu pâle.


Et elle sourit, la garce, elle sourit... elle aussi !

 

 

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